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Le puits du Mûrier à Hoedic, les Francheville et la sériciculture en Bretagne

Punce ar Vouyaren
Puits du Mûrier, construit en 1842

 
Dans sa monographie sur Hoedic et Houat écrite en 1850, l’abbé Delalande évoque le travail réalisé en 1842 à l’initiative du très actif recteur Rio (cf. récit de A. Lallemand dans La Revue des deux Îles n°2 de 2005)  afin de protéger la source qui débouche sur le chemin de l’actuel port de l’Argol. 

« La source qui fournit à toute la population une eau si bonne et si abondante était continuellement souillée par les pieds ou les excréments des animaux. Le pasteur craint pour la santé des habitants. Nouvel appel [aux habitants], et au bout de cinq semaines de travail, un escalier très commode conduit à la source, un beau mur en granit l’environne et la protège et contre les animaux et contre le sable ou les panicauts que le vent y précipitait. Pendant les travaux de maçonnerie, douze personnes ne pouvaient épuiser la source, l’interruption nécessitée par le dîner, exigeait ensuite le travail de quarante personnes. Pendant la sécheresse, habitants et ouvriers du fort y ont eu recours, et l’eau avait toujours plus de trois mètres de profondeur. Ce fut un beau jour de fête, le 8 septembre 1842, lorsque ce puits du Mûrier (Punce ar Vouyaren) fut achevé et dédié à la Sainte Vierge. Il devait son nom primitif au voisinage d’un vieil enclos planté de mûriers. »


Le puits du Mûrier a pendant longtemps été la principale source d’eau potable du village. Elle alimentait aussi le douet (lavoir) un peu plus au nord, près du rivage. Le puits a plus tard été équipé d’une pompe, l’escalier alors fermé par une trappe. Il est aujourd’hui intégré dans le réseau d'alimentation en eau  potable de l’île. 
Punce ar Vouyaren
1959, Annie Durand, parmi les premiers campeurs
Ce témoignage de l'abbé Delalande nous apprend aussi que des mûriers ont été plantés près de ce point d’eau, ceints dans un enclos, ainsi protégés du bétail alors en liberté sur l’île. Le mûrier (Morus sp.) n’est pas un arbre commun en Bretagne, et le mot qui le désigne en breton, vouyaren, mouiarenn, se réfère en fait à la ronce (Rubus fruticosus., parfois aussi appeler mûrier sauvage en français...).

Le botaniste Delalande ne peut évoquer ici une plantation de ronces dans un enclos... Il s’agit bien de l’arbre et non de l’arbuste à liane couverte de piquants...  Une plantation de mûriers est une initiative étonnante dans le contexte de vie insulaire de l’époque, pour laquelle nous n’avons pas d’autres témoignages dans les chroniques de l’île. 

Le mûrier a été introduit en France pour en récolter les feuilles, nourriture des vers à soie. La production de soie, la sériciculture, ne s’est guère développée en France que dans les environs de Lyon, le sud-est, et dans la région de Tours. Aucune production ne s’est développée en Bretagne semble-t-il.

 
Mûrier blanc  Morus alba
Esplanade de la gare maritime à Quiberon
Néanmoins, Gabriel de Francheville (1778-1849), député du Morbihan en 1830-1831, membre de la Société séricole pour l’amélioration et la propagation de la soie en France, s’intéressa « passionnément » à la culture du mûrier et à l’élevage des vers à soie.

À la suite de Marie-Joseph Le Quinio de Kerblay (1755-1814, conventionnel montagnard, originaire de Sarzeau) qui expérimente en 1786 des plantations de mûriers à Ploeren, Francheville procéda dans les années 1840 à des plantations dans la propriété familiale de Truscat à Sarzeau, sur le golfe du Morbihan. Cette entreprise ne put cependant dépasser le stade expérimental, malgré les atouts climatiques de la presqu’île de Rhuys.

Amédée de Francheville, fils de Gabriel, précuseur de la navigation de plaisance, connaissait bien les deux îles si l’on en juge des rubriques sur Houat et Hoedic qu’il a écrites dans la deuxième édition du dictionnaire d’Ogée, datée de 1843. On peut penser qu’il est à l’origine de la plantation d’Hoedic. Le « vieil enclos planté de mûriers » cité en 1850 pourrait être contemporain des plantations du domaine de Truscat. Don de ces arbres aux insulaires ? Perspective de ressources avec la récolte de feuilles livrées à Rhuys ? 

Dans les mêmes années, en 1849, J. M. Eléouet témoigne de l’implication des Francheville dans la diffusion du mûrier : « Depuis quelques années on cultive quelques pieds de mûrier noir dans les jardins de l’arrondissement [de Morlaix]. (...) La culture du mûrier blanc n’y a été introduite qu’en 1843. À cette époque M. de Francheville fit don à la Société d’Agriculture de Morlaix de quelques centaines de jeunes plants qui furent distribués entre plusieurs membres de la Société (...) »

Est-il utile de le préciser, la plantation de mûrier n’eut pas de suite à Hoedic... Mais elle a donné un nom au puits sur la route de L’Argol : Punce ar Vouyaren, le puits du Mûrier. 

Pierre Buttin

Remerciements
Pour les informations rassemblées, à François de Beaulieu et Antoine Châtelier.

Sources bibliographiques
- Beaulieu F. (de), 2011 – Dictionnaire du Golfe du Morbihan. Éditions Le Télégramme
- Delalande J.-M., (abbé), 1850 – Hoedic et Houat : histoire, mœurs, productions naturelles de ces deux îles du Morbihan. Annales de la Société royale académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, p. 263-380. 
- Eléouet J. M., 1850 – Statistique agricole de l’arrondissement de Morlaix. Imprimerie J.-B. Lefournier aîné (Brest), 390 p.
- Forget. Y, 1990 – Truscat en Rhuys : du manoir au château. Bulletin de la société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 454-460
- Hartemann C., 2014 – Hoedic et Houat dans le dictionnaire d’Ogée, 1778-1780. Melvan, La Revue des deux îles, p. 35-51. 
- Lallemand A., Montagner A., 2005 – Voyage à l’île d’Hoedic – 1842. Melvan, La Revue des deux îles, p. 35-51. 
       
10-07-2019
patrimoine historique et naturel
des îles d'Hoedic et de Houat

 
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