Copy
envoyer à ses amis
si ce message n'apparait pas correctement, cliquez ici
pour répondre à cet email veuillez utiliser cette adresse : info@neosante.eu
Néosanté hebdo
mercredi 16 mars 2016

Les selles de la vie

portrait de Yves RasirComme vous le savez, j’ai un nouvel amour dans ma vie depuis quelques mois : un adorable Beagle aux yeux craquants, espiègle en diable et affectueux comme pas deux. Ce jeune chien a cependant une curieuse manie qui fait horreur à ma petite famille : il est coprophage, c’est-à-dire qu’il mange les crottes des autres chiens, et même parfois les siennes.  Je n’avais encore jamais vu ça, et c’est vrai que c’est peu ragoûtant.  Mais pour ma part, j’essaie de surmonter  l’écoeurement et de comprendre ce comportement : quelle est donc la finalité biologique de ce penchant pour les excréments ?  Je ne suis pas expert en psychologie canine et j’ai cherché des explications chez les professionnels et sur la toile. Celles que j’ai obtenues ne m’ont pas convaincu, car il est question de maladie parasitaire,   de carences alimentaires,  ou encore de compulsion propre aux animaux stressés et anxieux.  Or, mon compagnon à quatre pattes est plutôt cool, il est vachement bien nourri  aux croquettes équilibrées ou à la bonne viande  de boucherie bio, et il a été vermifugé par son premier propriétaire. Alors quid ?

Sur un site vétérinaire, j’ai trouvé un éclairage plus satisfaisant : certains chiens présenteraient des déficits en enzymes digestifs et  ne digéreraient pas bien certains aliments.  Leurs selles conserveraient donc un côté appétissant et feraient office de deuxième repas pour les plus gourmands ou pour ceux qui assimilent moins bien. Cette interprétation m’a paru correcte car j’ai pu observer que mon chien se ruait sur certaines déjections comme sur un festin.  Toutefois,  le lecture  fortuite d’une étude scientifique me permet aujourd’hui de formuler une autre hypothèse : et si le caca n’était pas du tout cracra ?  Et si l’attirance des chiens pour les crottes était plutôt un signe de bonne santé ?  Pour cette étude, des chercheurs ont utilisé des souris  naturellement coprophages (la coprophagie est en effet très répandue  dans la nature, c’est un système écologique de recyclage) et  ils ont étudié la composition de leur flore intestinale.  Résultat : l’alimentation excrémentielle permet d’améliorer la composition du microbiote, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Chez les animaux, la consommation d’étrons favorise la richesse et la diversité des bactéries peuplant leur tuyauterie. Si ça se trouve, mon Lucky est un chiot très sain qui cherche simplement à se fortifier l’immunité.

Depuis une dizaine d’années, la microflore humaine suscite également un légitime engouement chez les savants : on se rend de plus en plus compte de l’importance des microbes habitant notre peau, notre bouche, nos organes  de digestion et principalement notre côlon.  À juste titre, l’intestin des hommes est aujourd’hui qualifié de « deuxième cerveau ». Certes, une étude récente a un peu tempéré l’enthousiasme : avec ses 40 000 milliards de bactéries,  notre flore intestinale ne représente pas 90% de notre matériel cellulaire, mais « seulement » six dixièmes environ.  Il n’empêche : notre corps abrite plus de corps étrangers  que de cellules endogènes, et la grande majorité de  cette population allochtone est logée dans le gros intestin. Dans son  récent livre « L’homme microbiotique » (éditions Odile Jacob), le professeur Patrice Debré souligne que les liens entre l’alimentation, le microbiote et les comportements humains sont désormais bien établis. Dans la communauté scientifique, il est aussi admis que les personnes à la flore appauvrie ont plus de risques de développer des maladies métaboliques (diabète, obésité, troubles cardio-vasculaires et hépatiques,  anomalies sanguines…).  L’année dernière, des recherches ont également montré que les personnes au microbiote le plus diversifié répondaient mieux aux traitements contre le cancer.  J’ai évoqué cette découverte dans le Néosanté  N° 51 de décembre dernier, en rubrique « Santéchos ».

Dans cet article, je parlais aussi de la  grande tendance actuelle de la recherche médicale :  la transplantation fécale.  Pour soigner certaines maladies chroniques,  la gastro-entérologie de pointe cherche en effet à repeupler les intestins souffrants  en bonnes bactéries. Et pour y arriver,  elle n’a rien trouvé de mieux que d’introduire des excréments provenant de donneurs sains, à la flore équilibrée.  En décembre, je m’interrogeais : « Vous imaginez les perspectives ?  Demain, il est probable qu’on donnera ses selles comme on donne son sang ». Ce qui est amusant, c’est que je croyais parler d’un avenir futuriste alors que c‘est déjà devenu une réalité : comme je vais le relater dans le Néosanté d’avril prochain, la première « banque de selles » vient de s’ouvrir aux Pays-Bas !  Concrètement, cet organisme public  récolte à domicile les déjections de donneurs bénévoles et anonymes. Il procède ensuite à leur filtrage, à leur congélation, puis il les achemine dans les hôpitaux où on procède aux « greffes », soit à l’aide d’un endoscope inséré dans la narine des patients, soit pendant une coloscopie.  Cette thérapie permet la guérison d’infections rebelles à tous les autres traitements.  Cela vous dégoûte un peu ?  Moi aussi, mais cela me paraît en même temps représenter une belle évolution de la médecine moderne,  désormais engagée sur une voie « probiotique ».

Au fond, la coprophagie n’est jamais que l’application instinctive et sans doute plus préventive que curative de cette stratégie.  Ceci dit, ne me faites pas écrire que je recommande aux humains de manger leur m….. . Chez l’Homme, rien ne permet d’affirmer que l’ingestion de matières fécales présente un intérêt sanitaire. Si c’était le cas,  nos ancêtres ou des peuplades primitives l’auraient déjà fait. Cette propension ne serait pas limitée à une extrême minorité pimentant de la sorte une sexualité complètement hors-normes. En revanche,  la science du microbiote me permet de regarder mon chien autrement et de considérer que son goût pour le caca  n’est peut-être pas si anormal que ça. Les selles, c’est de la vie sous forme de bactéries. Et les bactéries, ça peut remettre des individus en selle.  

 

Yves Rasir

 

PS : Si j’ai un conseil à donner, c’est celui d’adopter une alimentation  propice à une bonne hygiène intestinale : à dominante  crue,  riche en fruits et légumes,  limitant les innovations néolithiques (laitages, céréales à gluten) et faisant la part belle aux aliments originels. Dans le Néosanté de février,  la bionutritionniste Marion Kaplan  vous résume tout ça dans une interview à propos de son livre sur sa méthode « paléobiotique ».   Et dans celui de mars,  la naturopathe France Guillain dévoile la sienne, basée notamment sur les menus « miam-ô-fruits ».  Si vous avez raté ces deux numéros, voir ci-dessous.

 

 

Offre de la semaine

Les maladies, mémoires de l'évolution

Puisque je fais référence à Marion Kaplan et à France Guillain, je vous fais une réduction sur les versions numériques des deux  derniers numéros de Néosanté contenant leurs interviews : 2 € chacun au lieu de 4 €. Pour en profiter, dirigez-vous comme de coutume vers la catégorie « promotion » de la  la boutique

disponible sur www.neosante.eu :
Le  numéro 54 (mars 2016) de Néosanté, revue internationale de santé globale.
couverture du numéro 54
envoyer à ses amis
pour répondre à cet email veuillez utiliser cette adresse : info@neosante.eu
se désinscrire - s'inscrire