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Mairie de la Celle Saint-Cloud

Mars-avril 2016

Saison culturelle 2015/2016


Histoire &
Patrimoine n°34

L'édito

Découvrez l'histoire de notre commune et de ses habitants, ainsi que les différentes facettes de son patrimoine architectural et naturel !
 

Enfants et adolescents se joignent aux érudits  pour explorer et valoriser l’histoire, du haut Moyen Age à nos jours !
 
Au programme : conférence, exposition,  zoom sur la vie quotidienne au XVIIème siècle avec l’installation dans notre village de Baptiste Nicolas, bourgeois de Paris ; voyage à travers le temps et les cartes anciennes grâce à un outil développé par l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière…
 
Nous vous souhaitons une agréable lecture de cette lettre !

En direct des archives

« Les Chasses royales dans la région de La Celle Saint-Cloud aux XVIIème et XVIIIème siècles »
 
Cette conférence est organisée par l’Association d’histoire locale « Il était une fois La Celle Saint-Cloud » et sera donnée par Madame Rosine Camus.

Samedi 12 mars à 16h30, Salle Charles de Gaulle (entrée libre).
 

 
Louis XV chassant le cerf dans la Forêt de Saint-Germain (1730). Jean-Baptiste Oudry, Toulouse, Musée des Augustins. Photo : Daniel Martin.  Cette scène aurait pu avoir lieu dans une clairière non loin d'ici, La Celle Saint-Cloud se trouvant dans le ressort de la Capitainerie des Chasses Royales de Saint-Germain en Laye.
 
Exposition « Généalogie et Histoire » du 14 au 24 mars, organisée par le Cercle Généalogique Cellois
 
Découvrez l’histoire des familles et la méthode pour la retracer, à partir d’actes anciens et de documents inédits.  Des documents issus des archives municipales seront également exposés.
 
Du lundi 14 au jeudi 24 mars. Hall ouest de l’Hôtel de Ville aux horaires d’ouverture au public des services municipaux, du lundi au vendredi
 
 
Rédaction de trois articles sur le village et ses habitants au haut Moyen Age par des enfants et adolescents.
 

 
Scène de vendanges issue d’une miniature du haut Moyen Age. Source : Wikimedia Commons.
 
 
Dans le cadre du Contrat Local d’Accompagnement Scolaire mis en œuvre par le Centre Social André Joly, ce travail reposera sur une traduction du polyptique (livre foncier) de l’Abbaye de Saint-Germain des Prés, datant du IXème siècle. Son contenu sera recontextualisé par l’archiviste, animatrice des ateliers.
 
 
Début des travaux de restauration du retable de la Chapelle de la Vierge
 
Les travaux de restauration du retable, de l’autel, du tabernacle et du tableau La Vierge en prière, propriété de la Ville,  ont débuté le mercredi 24 février 2016.
 
Le tableau central est actuellement en restauration.
 
Les intervenants sont les membres du groupement de Mme Geneviève Guttin, restauratrice (couche picturale), qui comprend également l’Atelier Joyerot, restaurateur (support) et l’Atelier Seigneury, restaurateur (retable, autel, tabernacle et cadre).
 
L’ensemble de l’opération est suivi par le Département des Yvelines, Direction des Archives, du Patrimoine, de l’Archéologie et de la Culture – Service du Patrimoine monumental et mobilier, qui assurera également la réception des travaux et contribue à leur financement.
 
Le phasage prévisionnel est le suivant :
  • premier trimestre 2016 : enlèvement du tableau pour restauration en atelier, 
  • premier semestre 2016 : restauration in situ du retable, de l’autel et du tabernacle.
L’achèvement des travaux est prévu lors du second semestre 2016.

      

Zoom sur

Traverser les siècles et « remonter le temps », en comparant des photographies aériennes et des plans 

Le site  « Remonter le temps » de l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière vous propose de comparer des  photographies aériennes actuelles avec des cartes IGN, des cartes d’état-major (1820-1866), des cartes de Cassini (XVIIIème siècle) et, pour certaines communes, des photographies aériennes historiques (1945-1965).
                     
Nous vous souhaitons une bonne découverte de ces ressources : https://remonterletemps.ign.fr/

La date

27 février 2016 : décès de Claude Parent, architecte et théoricien de l’architecture, à l’âge de 93 ans
 

Il avait notamment conceptualisé avec le philosophe Paul Virilio la « fonction oblique » qui consiste en l’enchaînement d’espaces par des rampes dans le but d’obliger le corps à être dans une dynamique plus forte.
 
Beau-fils des Goulet-Turpin, propriétaires du premier supermarché présent dans ce bâtiment, il a conçu en 1959 le Centre Commercial de la Châtaigneraie, dont l’escalier ostentatoirement visible en façade est un témoignage de ce principe architectural. Un plan de cet ensemble était exposé au sein de la rétrospective consacrée à Claude Parent à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (janvier à mai 2010).
 

Pour en savoir plus sur son oeuvre, cliquez ici
 


 

Visuel de l’exposition « Claude Parent : l'œuvre construite, l'œuvre graphique » (janvier-mai 2010), Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Palais de Chaillot.
 
1595-1636 : Baptiste Nicolas, bourgeois de Paris, s’installe dans notre village
 
Nous avons le plaisir de publier cet article rédigé par Madame Monique Constant, Conservateur Général du Patrimoine honoraire, qui a effectué de nombreuses recherches sur l’histoire du château de La Celle Saint-Cloud à la demande du Ministère des Affaires Etrangères.
 
A sa lecture, vous découvrirez  quelques aspects de la vie quotidienne dans notre village au premier XVIIème siècle, à travers la vie d’un bourgeois parisien venu s’y installer. Nous vous souhaitons un bon voyage à travers les siècles, lors duquel vous retrouverez de nombreux noms de lieux actuels de La Celle Saint-Cloud !
 

Baptiste Nicolas

« Je suis contraint, traitant du mariage, de m’en tenir à la surface, sociale, institutionnelle, aux faits, aux gestes. Des mouvements de l’âme et du sang, je ne puis rien dire » (G. Duby)
 
Le 22 mars 1594, après un demi-siècle de guerre civile et cinq ans de siège, Henri IV faisait sans coup férir son entrée dans Paris, ouvrant la voie au rétablissement de la paix.
 


Portrait d’Henri IV (1553-1610), roi de France, à cheval devant Paris. Anonyme. Paris, Musée Carnavalet. Huile sur cuivre, sans date. La colline de Montmartre apparaît en fond.

 
Quelques mois plus tard, un bourgeois de Paris, Baptiste Nicolas, venait s’établir à la Celle Saint-Cloud, non pour un bref séjour dans sa « maison des champs », mais pour y vivre. Séparé de biens de son épouse Catherine Michon, il emménageait avec une demoiselle Antoinette Hardy dans une maison qui lui venait peut-être, par sa mère, de son grand-père, le notaire parisien Germain Le Charron ; celui-ci, qui avait d’ailleurs dans sa clientèle Michel Brinon et sa femme Jeanne de Sansac, considérés comme les fondateurs du château de Beauregard, avait acquis systématiquement biens immobiliers et rentes au village de la Celle dans la première moitié du XVI siècle.
 
Semblable à la quasi-totalité des villages situés à proximité de Paris, la Celle Saint-Cloud commençait en effet à attirer ces investisseurs qu’étaient les bourgeois de Paris, qu’ils fussent marchands, robins ou titulaires d’offices
[1] ; la région s’était économiquement développée, sous l’effet de ce formidable marché qu’était alors la plus grand ville d’occident, de la fin de la guerre de Cent ans au début des guerres de religion, puis à partir de 1595. Le vin figurait alors sur toutes les tables, et les coteaux qui surplombaient la Seine étaient favorables à la culture de la vigne[2] . À celle des arbres fruitiers aussi, particulièrement de fruits rouges : le parc de Baptiste Nicolas comportait une cerisaie. La plupart des chefs de ménages se disaient vignerons, même s’ils pratiquaient en réalité une polyculture de subsistance et un peu d’élevage, et la proportion s’en accroîtrait dans le courant du XVIIe siècle. Pour autant les paysans, dont les exploitations étaient petites et morcelées par les partages successoraux, étaient loin d’être à l’aise : l’investissement bourgeois profitait surtout aux investisseurs, ainsi qu’aux rares exploitants qui disposaient déjà de moyens de culture et pouvaient prendre à ferme les domaines en voie de constitution.
 
Il est malaisé de retrouver sous la ville actuelle le village du règne d’Henri IV : quelques dizaines d’habitations groupées autour de l’église, grande rue (actuelle rue Morel de Vindé) et rue du Martray, ou bien réparties dans les hameaux des Gressets, de Béchevet et à Bel-Ebat. Des bois et des landes couvertes de bruyères, semées d’étangs, séparaient la paroisse de celles de Rueil et de Vaucresson ; elle n’était reliée que par de mauvais chemins aux villages voisins, Bougival, Louveciennes, Rueil, Le Chesnay, Suresnes, Saint-Cloud, bien que des liens étroits l’aient uni à Bougival, son débouché naturel vers la voie de circulation qu’était la Seine. Vers le midi, elle était proche de la grande route de Normandie par Villepreux. La place où aboutissaient ces chemins, devant l’église, était irrégulière et accidentée. Surtout, à cette époque, le parc actuel, clos de murs, du château n’existait pas : il ne se constituera, progressivement, qu’à partir du milieu du XVIIe siècle pour atteindre 45 arpents (une quinzaine d’hectares) en 1686, 64 arpents (une vingtaine d’hectares) en 1748 et 70 arpents, non comprises les dépendances hors les murs, sous Jérémie Roussel ; les seuls parcs au cœur du village étaient donc, dans le premier tiers du XVIIe siècle, ceux de Baptiste Nicolas et de Joachim Sandras
[3] ; encore n’étaient-ils clos que partiellement de murs. Un chemin menait directement à la vallée de la Drionne et à Saint-Michel, qui ne sera fermé et inclus dans le parc du château, par autorisation du roi, qu’en 1688.
 


Chasseurs près d’un étang. Paul Bril (1554-1626). Paris, Musée du Louvre. Huile sur bois, [1618-1620].

 
La demeure qu’occupait Baptiste Nicolas, située entre le centre du village et le « bois des religieux de Saint-Germain » apparaît modeste, à peine plus qu’une ferme, dans la description sommaire que nous en avons en 1611 : une « maison, cour, jardin, étable, grange », mais bien pourvue de « biens meubles, ustencilles de mesnage et d’hostel » et entourée d’un parc de neuf arpents, soit à peu près trois hectares
[4]. S’y ajoutait une petite vingtaine d’arpents de terres et de vignes répartis sur les terroirs de Vaucresson et de la Celle, cantons des Malards et des Robichons : en tout, compris le parc, une petite dizaine d’hectares, ce qui situe les terres de Baptiste Nicolas dans les exploitations moyennes selon les critères du temps. Rien n’indique qu’il les ait affermées en tout ou en partie ; peut-être, résidant sur place, en confiait-il l’exploitation à des manouvriers qu’il surveillait lui-même. En 1608, un don de l’oncle Charles Le Charron, receveur général des finances en Champagne, y avait joint une maison en ruines avec son jardin, mitoyens de son parc et donnant sur le chemin menant au Chesnay, ainsi que des droits sur la maison voisine ; cette petite maison avait sans doute été détruite pendant les combats autour de Paris, pendant la guerre civile, et Charles Le Charron, qui habitait la Champagne, ne devait avoir ni le temps ni l’envie de la faire revivre.
 


Acte de donation (1611). Paris, Archives nationales, Minutier Central des Notaires.

 
Baptiste Nicolas appartenait en effet à l’une de ces familles qu’enrichissait l’essor économique au sortir de la guerre de Cent ans et la gestion des finances royales. Son père, Noël Nicolas, était payeur général des gardes françaises, la famille de sa mère, Marie Le Charron, comptait, outre le receveur général de Champagne déjà nommé, des trésoriers généraux de l’extraordinaire des guerres, un valet de chambre du roi et un protonotaire apostolique, futur aumônier d’Anne d’Autriche et orateur du roi auprès du pape Grégoire XV. Baptiste lui-même était écuyer de la petite écurie du roi, fonction impliquant en principe un statut nobiliaire, mais on sait que les anoblissements, qui faisaient rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, ont été particulièrement nombreux sous les derniers Valois. Il avait un frère cadet, Jean, sieur de Courfrauze, capitaine d’une compagnie de cavalerie, et une sœur, Catherine.
 
Le peu qui transparaît de ce qui subsiste des registres de catholicité de la paroisse de la Celle nous montre le couple de Baptiste Nicolas et d’Antoinette Hardy comme des notables ; ils furent à plusieurs reprises, mais non ensemble, car le droit canon l’interdit aux époux et on les considérait visiblement comme tels, parrain ou marraine d’enfants du village : Baptiste, « de la cité de Paris », parrain dès mai 1595 d’un petit Louis Piot, fils du gros fermier de Bel-Ebat, avec noble homme Gilles Le Masurier et Louise Lescuyer, demoiselle de Besenval ; en 1599, de Baptiste Bissonnet et en 1610 d’une petite Marie Le Coitre. En 1613, c’est Antoinette Hardy qui était marraine de Jacques Le Coitre. Et en 1604, lorsque Baptiste Nicolas et Antoinette Hardy eurent un fils, noble homme Timoléon Billiard, seigneur de Dammart
[5], et noble dame (le prénom n’est pas lisible) Le Viel le tinrent sur les fonts baptismaux. L’enfant ne survécut pas.
 


Acte de donation (1611). Paris, Archives nationales, Minutier Central des Notaires. La signature de Baptiste Nicolas est la première en haut sur le côté gauche. Antoinette était illettrée.

 
 
De 1607 à 1616, Antoinette acheta – ou fit acheter par Baptiste – des rentes foncières à la Celle, Rueil, mais aussi Champtoceaux, et se fit attribuer en 1611 l’usufruit de la propriété de la Celle Saint-Cloud et la pleine propriété de tout son mobilier pour garantie des 1400 livres qu’elle avait apportées au ménage. Le couple à l’évidence ne s’entendait plus : Antoinette reprochait à Baptiste le temps qu’elle avait passé à veiller sur sa mauvaise santé, l’argent qu’elle lui avait confié ; leurs relations tournaient à l’aigre. Ils étaient revenus à Paris et vivaient désormais rue du Vertbois, à un jet de pierre du prieuré de Saint-Martin des Champs
[6]. La séparation intervint en 1619 : Baptiste Nicolas recouvra la pleine propriété de la maison de la Celle Saint-Cloud, mais en la payant au prix fort : il restitua à Antoinette Hardy ses 1400 livres, lui racheta ses rentes pour 1102 livres ; deux ans plus tôt, il lui avait déjà abandonné en toute propriété une petite maison qu’il avait acquise en 1611 à Paris, rue de la Croix : une salle, une dépense, deux chambres à l’étage et un appentis servant de cuisine, le tout meublé de deux bons lits garnis, deux tables, huit « chaires à bras » recouvertes de cuir rouge à clous dorés et deux grandes armoires. Définitivement séparée de Baptiste Nicolas, Antoinette Hardy, mariée à un soldat nommé Maillard, mourut en 1637, ruinée, mais tentant de sauver les apparences ; elle avait suivante et domestique, mais ses bijoux, son argenterie, ses meubles étaient engagés chez les usuriers[7].
 
Baptiste Nicolas n’était pas resté seul : il avait rencontré une certaine Jeanne Nepveu, fille d’un sergent au duché de Rethélois, qui lui avait donné trois filles, Madeleine, Françoise et Marie. Il fallait les établir, et comme il s’agissait de filles naturelles, il fallait biaiser avec le droit. La première mesure que prit Baptiste, en 1628, fut d’acquérir aux Gressets une pièce d’arbres fruitiers – petite, 9 ares, mais d’un bon rapport -, d’en déclarer propriétaire la grand-mère des fillettes qui à son tour, en fit don à ses petites-filles par un acte de décembre 1629, y ajoutant une autre pièce voisine qu’elle avait elle-même acquise quelques mois plus tôt. Dès 1627, le frère de Baptiste Nicolas, Jean de Courfrauze, avait prévu dans son testament de léguer à ses petites-nièces une rente au capital de 4000 livres. Mais en 1636 la famille Nicolas alla beaucoup plus loin ; c’est probablement l’année où l’aînée, Madeleine, fit un mariage présumé avantageux avec leur voisin de la Celle Saint-Cloud, Claude de Sandras, sieur de Cordon
[8]. En août, Jean de Courfrauze, qui n’avait pas de descendance, céda à la jeune fille la nue-propriété d’une rente de 200 livres sur les gabelles dont Baptiste avait l’usufruit ; et en décembre, à son tour, Baptiste Nicolas se défit en faveur de Claude de Sandras de sa propriété de la Celle Saint-Cloud, se réservant l’usufruit de la maison avec son parc et deux pièces de vigne.
 
Arrêtons-nous sur cette propriété : la maison sommaire de 1611, comportait à présent « cave, cuisine, fournil, bouge à côté, chambres, garde-robes, cabinets et greniers au-dessus, volière, écurie, orangerie », le jardin était clos de murs, le parc, dont la surface et la composition n’avaient pas changé, était entouré de haies vives et de fossés : voilà qui suggère désormais une modeste demeure seigneuriale plutôt qu’une simple ferme, que Baptiste Nicolas l’ait fait agrandir au cours des vingt années précédentes ou que la première description ait été à dessein sous-estimée. Les modifications des terres étaient aussi impressionnantes : sur quatorze parcelles cédées à Claude de Sandras, onze ne figuraient pas dans la donation de 1611, et la part des vignes s’élevait à 30%, contre moins de 20%. Corrélativement, les parcelles étaient plus petites : quatorze pour un peu plus de cinq hectares, contre huit pour près de sept hectares, ce qui suppose une restructuration liée à l’évolution du marché.
 


L’hommage à Cérès. Louis de Caullery (c. 1580-1621), peintre flamand. Collection particulière.

 
 
L’embellie des premières décennies du XVIIe siècle se fracassa sur ce qu’on a appelé la crise de la Fronde. Préparée par plusieurs années de froid, d’inondations, de mauvaises récoltes, catalysée par l’augmentation folle de la fiscalité, l’inflation des offices, les pilleries et les violences des soldats autour de Paris pendant la Fronde, elle entraîna une baisse générale des revenus, affectant au premier chef les exploitants, mais aussi les petits seigneurs et les propriétaires d’offices comme l’étaient nos bourgeois de la Celle Saint-Cloud. Claude de Sandras lui-même était peut-être frondeur : en 1644, lorsqu’il tint sur les fonts baptismaux son neveu Claude Mazé, fils de Françoise Nicolas, il avait pour commère dame Catherine Galard de Courances, femme du parlementaire Nicolas Potier de Novion
[9], acteur principal de la journée des barricades après l’emprisonnement du conseiller Broussel. Quoi qu’il en soit, il avait perdu en 1643 sa propriété de la Celle, vendue à l’encan aux Bresson-Sibour et à un garde du corps d’Anne d’Autriche ; il s’était alors établi aux Gressets. Lorsqu’il mourut en 1664, son fils Gatien[10] n’accepta d’ailleurs la succession paternelle que sous bénéfice d’inventaire. Quant aux quelques champs qu’avait conservés à la Celle le sieur de Courfrauze, ils étaient passés à sa sœur Catherine et au mari de celle-ci, le bourgeois de Paris Etienne Jablier, qui les vendit aux Sibour à une date inconnue. Les familles qui tenaient le haut du pavé à la Celle Saint-Cloud avaient ainsi entièrement changé dans la décennie 1630.
 
L’histoire de Baptiste Nicolas peut paraître anecdotique. Elle ne manque pourtant pas d’intérêt pour l’histoire économique et sociale du temps, qu’elle illustre. Les errements de sa situation matrimoniale ne sont pas si étranges qu’ils nous le paraissent, habitués que nous sommes à des mariages célébrés publiquement et fortement documentés, qu’ils soient civils ou religieux. Depuis le moyen-âge, l’Église affirmait, contre les coutumes ancrées dans la société laïque, son droit à faire du mariage un sacrement indissoluble qu’elle contrôlerait, d’où d’ailleurs les nombreux conflits avec les souverains laïcs d’Europe, culminant avec la rupture entre la papauté et l’Eglise d’Angleterre. Mais sa vigilance s’était relâchée dans les derniers siècles du moyen-âge, plus encore sous l’effet des mouvements de contestation aboutissant à la réforme ; les curés de campagne ne donnaient d’ailleurs guère l’exemple, sans parler de la papauté du XVe siècle. Le Concile de Trente, qui réforma profondément l’Eglise en réponse à la Réforme luthérienne, confirma en 1563 la liste des sept sacrements, imposant pour le mariage la présence d’un prêtre et la publicité. Mais ses décrets ne furent appliqués en France qu’en 1615, à l’initiative de l’assemblée des évêques, qui s’opposait en cela à la volonté royale. La séparation de Baptiste Nicolas et de sa femme, sa vie avec Antoinette Hardy pouvait bien, sous Henri IV, bénéficier d’une tolérance de fait ; le problème ne se serait posé que relativement aux droits successoraux de sa famille légitime si son fils avait survécu ; mais après 1615, l’application des décrets du concile de Trente commençant à entraîner un renouveau de la vie spirituelle, il est vraisemblable que les institutions ne voyaient plus avec la même indulgence ses relations avec Jeanne Nepveu. Au sein de sa famille, pourtant, tout s’organisa pour que ses filles obtiennent discrètement un statut et une part d’héritage : tant les mœurs tardent-elles à se couler dans le moule institutionnel…

 

Monique Constant

Cet article a été écrit à partir des fonds des Archives nationales (Minutier central des notaires parisiens, insinuations au Châtelet)

Pour aller plus loin : sur les conditions socio-économiques, l’ouvrage de Jean Jacquart, la Crise rurale en Ile de France (1550-1670) ; sur le mariage, celui de Georges Duby, le Chevalier, la femme et le prêtre, bien que traitant des premiers siècles du moyen-âge, fournira un utile éclairage sur l’évolution de la notion matrimoniale.

 

[1] Le premier à s’installer à la Celle Saint-Cloud semble être Jacques Louet, général sur le fait de finances et gardes des archives de Louis XI, qui fit édifier un manoir et une ferme aux Gressets vers 1480.
[2] Les documents que nous avons consultés font état de « vignes nouvellement plantées ».
[3] Acquis en 1633 par Samuel de Bresson, maître d’hôtel de Louis XIII.
[4] Pour mémoire, il s’agit d’une surface équivalente à la surface initiale de la partie close du parc de Versailles, en 1623.
[5] Conseiller secrétaire du roi et contrôleur général des guerres.
[6] Qui abrite à présent le conservatoire national des arts et métiers.
[7] A moins qu’il ne s’agisse d’une homonymie.
[8] Nous le savons par les recherches, non sourcées, de Philippe Loiseleur des Longchamps. Claude de Sandras, cousin germain de Joachim de Sandras, descendait comme lui d’un riche « maître épicier et apothicaire » du quartier Saint-Eustache, propriétaire d’un manoir à la Croix-aux-Vents, d’un moulin sur la Drionne et de vignobles sur les terroirs de Bougival et de la Celle Saint-Cloud. Quant à Cordon, il s’agit de Cordon-en-Brie, héritage familial de Guillaume Chanterel, sieur de Bezons et de Cordon, grand-père maternel de Claude de Sandras..
[9] La famille Potier était alliée à la famille de Sandras.                                 
[10] Il a parfois été confondu avec Gatien des Courtilz de Sandras, peut-être un de ses cousins.

Agenda

"L’Archive du mois"
 
Mars : Louis XV chassant le cerf dans la forêt de Saint-Germain, scène dans une clairière figurée par Jean-Baptiste Oudry en 1730 (reproduction du tableau visible au Musée des Augustins à Toulouse).  La Celle Saint-Cloud faisait partie de la Capitainerie Royale des Chasses de Saint-Germain.
 
Avril : Historique de notre Jumelage avec Beckum.

Photographies prises en 1983, Archives communales
 

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Rédaction : Jasmine TILLAM, Attachée territoriale de conservation du patrimoine.

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